Surdosage de baclofène du 18 avril 2011

 

SUR DOSAGE DE BACLOFENE

A l’occasion de ce sur-dosage, j’ai tout consigné minutieusement au jour le jour concernant cet épisode.
Il s’agit de mon ressenti physique, objectif et non émotionnel.

LA BOULETTE :
Je suis à 220 mg depuis 10 jours, et j’ai arrêté de jongler avec les répartitions pour mon problème d’insomnies.
J’ai fini par bien comprendre que cela ne passerait pas.
N’étant étrangement pas particulièrement fatiguée la journée, j’ai décidé de m’en accommoder.
En parallèle, je choisis d’adopter le protocole à la mode, à savoir 4 prises égales, à 4heures d’intervalle (8 h, 12 h, 16 h, 20 h), avec augmentation non pas tous les 3 jours comme préconisé, mais tous les 7 jours.
Très rapidement, des effets secondaires inconnus pour moi jusque là apparaissent : fortes somnolences, picotements très désagréables dans les extrémités.
Et le craving revient.

Moment d’augmenter donc, et de revenir à un autre protocole, celui-ci ne me seyant visiblement pas.
Voulant en avoir le coeur net,et préférant m’adresser à quelqu’un qui connaît parfaitement le baclofène, je prends rdv avec un certain médecin du sud de la France.
J’en profite pour le remercier de sa disponibilité (un médecin qui reçoit quelqu’un près de 2 heures cela ne se croise pas tous les jours), de sa chaleur,de son humanité et de son aide.

15avril : On décide bien évidemment d’augmenter et de passer à 230 mg.
Et comme je suis à un fort dosage, et proche de la fin, il a voulu tuer définitivement le craving d’où la répartition proposée.
Sachant que je n’ai plus de craving depuis un moment en fin de matinée, pas la peine de charger la mule dès le matin, mais tout en prenant du baclofène toute la journée.
Juste en jouant sur les dosages.
Le protocole établi fût celui-ci :

7 prises
08 h : 20
12 h : 20
16 h : 60
17 h : 40
18 h : 40
20 h : 30
23 h : 20

Avec mes problèmes d’insomnie la prise à 23 h m’étonne, mais bon … J’ai entière confiance.
Etant au courant de ce problème, si il a jugé utile que ma dernière prise soit si tardive, cela ne doit pas être par hasard.

Le 1er jour nickel : craving du soir bien ciblé (sommeil ni pire ni meilleur)
Le 2d réapparition d’un craving vers 14 h, mais un gros craving avec envie de meurtre pour un verre !
J’étais à l’hôtel, je n’avais rien et j’ai failli devenir dingue !
Je contacte donc le médecin par mail.
Réponse à 22 heures un dimanche soir (une fois encore, merci de votre disponibilité)

Il me dit prenez 40 à 12 heures, vous allez très bien le supporter.
Passez à 250 mg/jour.
Je pense effectivement que je l’aurai très bien supporté si à ce moment là je n’avais commis the boulette…

J’avais préparé mon pilulier la veille comme d’habitude.
Mais ne m’étant endormie que vers 7 heures, j’ai sauté ma première prise de 8 h, ce qui n’est absolument pas grave.
J’ai donc réparti les 20 sur la prise de midi et sur celle de 17heures (enfin je crois …)
Lors de ma prise de 17 h, je me suis rendue compte qu’il y en avait trop … 50 mg en trop

Je me suis dit qu’ayant quelque peu été légère le matin si ce nombre de pilules était là c’était qu’elles le valaient bien …
Je venais de faire un surdosage de 70 mg.
70 mg, car ce jour là j’augmentais de 20 pour le passage à 250, plus les 50 mg qui étaient en trop …
J’ai pu valablement reconstituer la chronologie de cette journée.
En effet, le jour de cette confusion je communiquais par mail avec un amie, à laquelle je faisais part sur l’instant, de mes interrogations quant à cette posologie improbable que je constatais au fil des heures sous mes yeux.

LE SURDOSAGE
Le soir venu, j’étais très fatiguée, j’avais des cernes à faire peur.
Beaucoup plus que de coutume.
Pour être à peu près certaine de dormir, vu la nuit de la veille et ma tête, je m’administre un Donormil (truc très léger sans ordonnance).
Effectivement je me suis endormie vers 1h (chose très rare !)

A 3 heures je me réveille avec un crise de panique et je me dis je vais me jeter par la fenêtre !
Mais, mon cerveau fonctionnant normalement, ma lucidité a très vite repris le dessus : me jeter par la fenêtre ? et puis quoi encore ? pour quelle raison ?
Il est urgent d’attendre que cela passe.
Et là : hallucinations visuelles !
Je me doutais bien que j’avais vraisemblablement une araignée au plafond.
De là à ce que des arachnides velues s’agitent sur le plafond de ma chambre …
Il y avait un pas que mon cerveau a refusé de franchir.
La ficelle était trop grosse !
Je n’ai à aucun moment paniqué,.
Et tel un éthologue consciencieux et appliqué, j’ai observé les comportements improbables de cette espèce avec un regard amusé..

Le lendemain matin, j’étais très détendue, très sereine, plus de craving, je me suis dit :  » Enfin j’ y suis sans doute !! »

La nuit suivante reveil avec une crise d’angoisse : le baclo ne va pas marcher sur moi, je vais redevenir alcoolique, je vais mourir d’une cirrhose.
Bref que des pensées positives ! Cela n’a duré que quelques minutes, mon cerveau ayant tout de suite réagi de façon adéquate.

Le lendemain état de détente et de plénitude encore plus accrus plus fort, pas de craving : génial j’y étais.
Mais les jours suivants cet état ne s’est pas stabilisé mais a au contraire empiré.

Accroissement de cet état que je prends pour de l’indifférence,mais je trouvais tout de même cela bizarre comme sensation…et j’étais de plus en plus crevée le soir, hyper active intellectuellement la journée.
Dès le lendemain du surdosage, j’ai ressenti dans mon corps d’agréables chatouillis.
Au fil des jours, ces chatouillis devenaient de plus en plus gênants voire désagréables.

Et ce jour là Vendredi 22 avril (en plus c’est la saint Alexandra !), je me suis dit :  » ça y est je suis guérie !  »
Et en même temps, au fond de moi, je me disais qu’il n’était pas possible que ce soit cet état la fameuse indifférence, c’était trop bizarre : j’étais complétement à la ramasse.

En fait j’en avais trop de baclo, comme si j’étais shootée.
D’ailleurs ce n’était pas comme si : j’étais devenue la junkie du baclo !
Ce n’est pas dans le coton que j’étais c’était carrément au fond du paquet !
Et parallèlement à cela, je suis devenue hyper active, hyper émotive, hyper loquace par écrit.

Pour résumer
Hyper détendue, Hyper apaisée, Hyper fatiguée
Hyper active, hyper émotive, hyper à fleur de peau; le cerveau qui fonctionnait à 400 à l’heure : Je me suis mise à écrire des posts hallucinants de précisions, des mails pareil ! Pas du tout incohérents, au contraire .
Véro qui en était la destinataire a halluciné !
Je pouvais lui envoyer 3 mails à la minute et pas le petit mail.
Le 1er pour raconter un truc, le second parce que j’avais oublié un détail, le 3 eme idem …
Elle a pris peur ma petite londonienne ! Un jour elle m’a dit Alex arrête de me bombarder comme ça de mails, je n’arrive plus à suivre ! Elle a passé 3 jours de son boulot avec moi par mail, elle a flippé
Merci ma Véro et désolée !!!
C’est la période où j’ai commencé ce site : je rédigeais une dizaine d’articles par jour, très cohérents, très complets, très documentés.
Et je les rédigeais très rapidement.
A tel point qu’au bout de même pas une semaine, en tapant alcool et baclofène j’étais déjà en 7.ème page de google.
Ces articles sont toujours là, tels quels, je n’y ai jamais plus retouché.
Aucun n’est baclé, ni incohérent : au contraire, ils sont structurés, concis, mais détaillés.
Bref …
Et le samedi, une fois de plus, mon cerveau m’a alerté et j’ai pris conscience de tout cela.
Immédiatement l’accès hyper actif a cessé (mon médecin prescripteur qui est également psychiatre, m’a expliqué par la suite, que j’avais fait un épisode hypomaniaque).

Par contre, les manifestations physiques n’ont pas cessé, et j’ai eu tout le loisir de me concentrer sur les phénomènes ressentis.

LES SUITES

La baignoire avait débordé il fallait que le niveau descende, et je ne voulais pas descendre trop vite non plus.
J’ai donc décidé d’attendre un peu avant de baisser et j’ai observé ce qui se passait, rien d’autre à faire de toute manière !
Sur les conseils de mon médecin joint par mail, je suis restée 24 heures sans prendre du tout de baclofène, pour faire un peu baisser le niveau.
Puis j’ai baissé à 230 mg, et vu qu’il n’y avait rien à faire et qu’il était urgent d’attendre, j’ai observé ce qui se passait avec cette histoire d’état bizarre .

6 prises :
08 h : 40
12 h : 40
16 h : 40
17 h : 40
18 h : 40
20 h : 30

Comme mon corps et mon cerveau étaient saturés de baclofène, et que j’étais obligée de continuer à en prendre 230 mg, j’ai pu observer clairement le parcours d’une journée de prise de baclo.
Mon corps saturé me faisait vivre les prises, les dosages, les cumuls lors des ciblages du craving, l’évolution au cours de la journée, certains effets secondaires qui y étaient associés.
Et la nuit, après la dernière prise, le parcours total .

Comme si j’accompagnais la molécule dans son périple à l’intérieur de moi.
Un vrai travail journalistique !

D’abord j’ai remarqué que la sensation était comme un chatouillement à l’intérieur de mon corps, en permanence et variable en intensité pendant une période donnée.
De pas trop désagréable à très désagréable (mais pas douloureux) et à ce moment là avec fatigue et sensation de chaleur intense dans le corps, et ce plusieurs fois dans la journée, ça alternait par cycle de plus en plus fort en fin de journée, et je finissais complétement shootée.

J’ai donc regardé les prises.
Le matin ça allait à peu près : normal pas de prise la nuit donc le niveau de baclo baissait dans le corps.
10 mn après la première prise, le chatouillement se faisait plus intense pour devenir de plus en plus gênant
Au bout d’un peu plus d’1 heure 30 je dirai 1 h 50 pile pour moi (tiens comme l’atteinte du pic sérique du baclo …comme c’est étrange …) les sensations atteignaient leur paroxysme.
Cela marquait un palier d’environ 45 mn, puis la redescente s’amorçait.
Les sensations devenaient de moins en moins pénibles, jusqu’à la prise suivante, où tout repartait en sens inverse.
Avec le cumul des prises le long de la journée, plus le ciblage du craving, le soir j’étais épuisée !

J’ai remarqué autre chose : pendant la montée, j’avais une impression de chaleur intérieure intense, qui montait le long du corps pour atteindre son paroxysme au moment de l’atteinte du pic sérique, soit 1h50 après.
A ce moment là, au niveau du plexus solaire, une sensation de chaleur vraiment intense, couplée à des chatouillis vraiment déségréables.

Puis dès la descente amorcée une sensation de froid intense, du haut du corps vers le bas, qui laissait la place de nouveau à la chaleur dès la prise suivante.
La journée, cette sensation de froid s’arrêtait dans les bras parce que j’enchainais la prise suivante donc cela coupait le circuit.
Mais la nuit, sans baclofène depuis 20 heures, j’ai pu noter le circuit, et les effets des prises plus précisément.
Dernière prise 20 heures
Pic sérique atteint aux alentours de 22 heures, sensations très très désagréables pendant environ une heure, dues à la concentration de baclofène, résultant des prises successives tout au long de la journée.
Puis descente, lente, plus parasitée, car aucune prise de nuit.
Fin totale vers 5/6h heures du matin.
Malheureusement je suis sujette à peu d’effets secondaires, donc je n’ai pu en répertorier que quelques uns. A y être j’aurai aimé en déceler plus, mais bon ..

Donc à la montée : intense chaleur
A l’amorce de la descente sans prise de baclofène, vers 2 heures du matin, soit 6 heures après la dernière prise (mais concentration de baclofène encore importante vu le surdosage)

Sursauts musculaires d’abord : les doigts et les mains qui se rétractent et se tendent tout d’un coup, tout seuls, brusquement (pas des impatiences dans les jambes, car j’en ai eu en début de traitement mais ce n’était pas cela).
Puis plus tard dans la nuit, les muscles du corps qui ont comme des spasmes incontrôlables, surtout dans le ventre, pas douloureux cependant.
Après, les sueurs nocturnes : abondantes, mais fraîches, pas malodorantes du tout : ce n’est pas de la transpiration au sens où on l’entend habituellement.
Le corps est trempé de partout, uniformément,le lit est trempé, mais pas de sensation de chaleur.
Quasiment tout de suite après le froid prend le relais.
Il commence par la tête, le plexus solaire, les épaules, descend le long des bras et du corps : le ventre, le bas ventre, les jambes, les pieds. (dans les jambes ça commençait à venir vers 4 heures du matin).
A 6 heures du matin, le froid a terminé sa course.
Le tout accompagné de la diminution progressive de la sensation désagréable des chatouillis, qui au fil du temps, deviennent supportables, voire « agréables ».

C’est terminé.
Je suis bien avec le gratouillis anormal de fond mais ça va : j’ai beaucoup moins de baclofène.
Et je sais qu’à 8 heures, avec la 1ere prise, tout va recommencer.
J’ai testé cela pour confirmation, plusieurs jours et nuits.
Je finissais par redouter les prises.

Puis, je suis passée à 4 prises, car il n’y avait plus rien à cibler, et le but de la manoeuvre était quand même de faire baisser cette concentration de baclofène plus vite.
J’ai quand même mis plus d’un mois pour que tout rentre dans l’ordre.
L’indifférence a disparu.
J’ai eu des réapparitions de cravings totalement aléatoires, et anarchiques, à des heures improbables : 3 heures du matin, 8 heures, 15 heures.
J’ai jonglé avec cela au coup par coup.
Réapparition des insomnies.
Puis, le 2 mai, je suis repassée à 240, mais des somnolences terribles sont réapparues, plus le craving : plus trop de façon aléatoire, mais un craving en fin de matinée, plus en début de soirée (comme avant le début du traitement en plus atténué).
Et, bien que plus supportable, je sentais encore clairement les effets des prises comme indiqué précédemment.
J’ai donc baissé à 220, et y suis restée longtemps, pour terminer comme il faut la remise à niveau, avant de remonter.

Jusqu’à 290 mg.
280 mg aujourd’hui 7 septembre.
Un an quasi jour pour jour après le début de mon aventure avec le baclofène, commencée le 10 septembre 2010. Je suis indifférente.

Il s’agit de ma propre expérience qui n’a aucune valeur scientifique.
Mais cela m’a éclairé sur bien des points, et notamment sur le parcours d’une prise, ses effets, de sorte que pour les répartitions que je conseille, je fais ça de tête dans l’instant.
Cela fait gagner du temps, et en dégage pour les loisirs !

J’en termine par un petit conseil : en cas de doute, mieux vaut sauter une prise qu’en prendre une de trop !

 

Commentaire

Surdosage de baclofène du 18 avril 2011 — 5 commentaires

  1. Je viens de tout lire Alex, je reste sans voix.
    Ton post de ce matin sur le forum, m’a fait réfléchir toute la journée.
    Nous sommes tellement différentes les unes et les autres.
    La seule chose où je me trouve un point commun avec toi et Balthus c’est bien sûr…la gestion des émotions.
    Quand elles nous prennent à a gorge nous n’avons trouvé que l’alcool pour les anesthésier.
    Faire front à tout prix avec le Baclofène, la récompense sera une nouvelle vie.
    Je t’embrasse du fond du coeur.
    Daisy alias Maryse.

  2. Bonjour Niko,
    Au niveau psychologique justement, les hallucinations visuelles et la crise de panique et d’angoisse en ont été les manifestations très passagères.
    Mais comme je l’ai expliqué, mon cerveau a immédiatement rectifié les informations.
    Par exemple, lorsque prise d’une crise de panique me poussant à me jeter par la fenêtre, mon cerveau a eu la même réaction que toi ! Mais c’est très con comme idée, aucune raison de faire cela, d’autant que ta chambre étant à un rez de jardin surevelé, alors à part pour figurer dans un bêtisier c’est une idée ridicule !
    Si lors des augmentations tu as des effets violents, il y a peut être un problème dans ta répartition.
    Si ça ne vient pas de cela, après avoir essayé de modifier pour voir, peut être que si tu augmentes de 10 mg, il faudrait n’augmenter que de 5 mg.
    Il doit y avoir une solution
    Je suis à ton entière disposition si tu souhaites que nous en parlions

  3. mon ami a pris du baclofene a dose de 90mg/jour :hyperactivité puis il ne me reconnaissait plus….le medecin dit :on baisse a 45mg/jour il fait une crise d’épilepsie ne reconnait a nouveau plus personne…délire depuis trois jours aux urgences et de plus l’interne aux urgence ne connaissait pas l’usage du baclofene dans l’alcoolodépendance!!!c’est moi qui ai du lui expliquer! toujours est-il qu’ils l’envoient a l’hopital psychiatrique pour combien de temps? un peu leger de mettre les gens au baclofene sans que les services hospitaliers soient au courant….attention au baclofene!